Les études décrivent la femme marocaine comme étant une femme
ambitieuse, motivée, cultivée, curieuse et qui s'accroche à ses rêves même si
le chemin pour atteindre ses objectifs est souvent long et semé embuches.
Le 8 mars, Journée internationale de la femme, est une occasion opportune
pour rappeler le rôle de la femme marocaine dans la construction de la société
et pour reconnaître les réalisations réalisées par la femme marocaine dans
divers domaines depuis l'Antiquité.
C'est pourquoi nous présenterons ci-dessous des exemples de
quelques femmes marocaines qui ont marquées l'histoire du Maroc.
Tin
Hinan, la reine des Touaregs :

Originaire
du Tafilalt au Maroc, Tin Hinan, ayant vécu au 4-ème siècle, est connue pour
avoir unifié les tribus Touareg. Elle quitte sa tribu avec sa servante Takama
pour s’installer à Abalessa dans l'actuelle Algérie. Elle serait à l’origine du
système matriarcal des Touareg du Hoggar. Arrivée au Hoggar, elle organise la
vie sociale des populations Touareg et ira jusqu'à créer un réseau de commerce.
Les traditions orales à son égard la décrivent comme une grande femme à la
beauté marquante et aux yeux ardents, attisant respect et autorité. Les
archéologues retrouvent en 1925 dans le Hoggar une tombe au sommet d’une
montagne. Ils découvrent que le corps appartenait à une personne qui boitait,
correspondant ainsi aux écrits d'Ibn Khaldoun désignant les Touareg comme les
enfants de tiski, signifiant celle qui boite. Aujourd’hui, les Touareg du
Hoggar considèrent la reine Tin Hinan comme leur ancêtre commune. Des chants et
poèmes sont dédiés par les habitants du sud du Maghreb à cette grande femme
liée à l’identité Touareg.
Fatima
al-Fihri :
Fondatrice de la première université du monde Fatima al-Fihri,
fille du riche commerçant Muhammad al-Fihri, est connue au Maroc pour être une
femme généreuse, dévouée aux sciences religieuses et fondatrice de la fameuse
université d'al-Quaraouiyine. Au début du 9ème siècle, elle émigre avec sa
famille de la Tunisie pour s’installer à Fès, au Maroc. À cette époque, la
ville était reconnue en tant que métropole cosmopolite. À la mort de son père,
Fatima et sa sœur Mariam héritent de la grande fortune de celui-ci, qu’elles
consacrent entièrement au service de la communauté. En 859, Fatima Al-Fihri
fonda la mosquée et université al-Quaraouiyine, initialement composée d’une
salle de prière, une bibliothèque et de quelques salles de cours. L’université
qui au début
n’offrait que des enseignements religieux se mit à donner, avec le temps, des
cours diversifiés portant sur la grammaire arabe, des mathématiques, de
l’astronomie et de la musique.

Au fil des décennies, ce lieu s’agrandit, prit del’importance et devint
l’une des meilleures universités du monde, attirant par la même occasion
plusieurs grands savants comme l’historien et philosophe Ibn Khaldoun ou encore
le géographe Charif al-Idrissi. Aujourd’hui, l’université al-Quaraouiyine est
reconnue par l’UNESCO comme étant la plus ancienne université du monde encore
en activité.
Zaynab
Nefzaouia

Fondatrice
de Marrakech . Zaynab Nefzaouia fut une importante figure de la dynastie des Almoravides.
Belle, intelligente et passionnée de politique, elle fonda la ville de
Marrakesh, régna sur le Maghreb et régna même sur une partie de l’Espagne. Elle
était très convoitée par les hommes de son entourage déclinant cependant leurs
offres en insistant : « Je n’épouserais que le sultan de ce pays ». Elle finit
par arriver à bout de ses ambitions en épousant au total 4 sultans. Le plus
connu d’entre eux est Youssef Ibn Tachfine, premier sultan de la dynastie des
Almoravides. En 1062, Zaynab réalise les plans de la ville de Marrakech qu’elle
présente ensuite à son mari, ce dernier construisant la ville conformément aux plans
de sa femme. Elle était tellement influente durant le règne de son époux qu’on
la surnommait al-qa'ima bi mulkihi « Celle qui s'occupe du royaume de son mari
». Elle s’occupait souvent des négociations diplomatiques, rôle qu’elle
remplissait si bien qu’on la qualifiait de magicienne, en référence à son éloquence.
Zaynab Nefzaouia, par son exemple, a impacté la situation des femmes
de l’époque. Ainsi grâce à elle, les princesses de son temps furent autorisées
à participer à la vie politique.
Sayyida
al-Hurra : la princesse pirate :

Sayyida
Al-Hurra est une princesse d’origine maroco-andalouse ayant vécu durant le
règne Wattasside. Elle passe son enfance dans le royaume de Grenade mais ayant
vécu durant la période de la Reconquista, elle subit un exil forcé qui la
marqua grandement. Sa famille s’installe alors au Maroc, où son père fonde la
ville de Chefchaouen. Arrivée à ses 6 ans, elle fut promise à Ali al-Mandri,
ami de son père et prince de Tétouan âgé de 30 ans de plus qu’elle. Elle
participe activement au règne de son époux et lui succède même après sa mort en
1515. Ayant toujours cherché à se venger de la perte du royaume de Grenade,
Sayyida al-Hurra s’allie au fameux corsaire turc Barberousse. Elle monte une
flotte et dirige un réseau de piraterie se chargeant de déjouer les plans des
envahisseurs, piller leurs flottes et emprisonner leurs hommes en demandant des
rançons. Les Espagnols et les Portugais n’avaient d’autres choix que de
s’allier à al-Hurra, ainsi pour tenter de négocier la libération des captifs.
Sayyida al-Hurra réussit à protéger son royaume des ambitions territoriales de
l’Espagne et du Portugal et fut par la même occasion crainte et respectée. Elle
régna pendant 30 ans sur la ville de Tétouan avant de se faire destituer par
son beau-fils. Elle rendra l’âme vers 1562 à Chefchaouen, sa tombe se trouvant
à la Zawiya-Raïssuniya.
Touria
Chaoui, la première femme pilote du monde arabe :
Touria Chaoui est née le 14 décembre 1936 à Fès. Dès son jeune âge,
elle se fit remarquer à l’école grâce à ses excellentes performances scolaires.
Vers l’âge de 13 ans, elle accompagne son père acteur pendant ses tournées et
découvre le monde du cinéma, tournant son premier film à Fès intitulé « La
Septième Porte ». Elle découvrira cependant une autre passion : l’aviation.

Voulant devenir pilote, elle entreprend sa formation à seulement 14
ans. C'est le 17 octobre 1951 qu'elle deviendra officiellement la première
femme pilote du Maroc et du monde arabe. Elle attirera donc l’attention du
monde entier : les journaux vanteront ses exploits tandis que la famille royale
l’accueillera au palais afin de la féliciter. Elle sera assassinée le 1er mars
1956 par une balle à seulement 19 ans pendant qu'elle ramenait son petit
frère de l’école. Le motif du meurtre reste inconnu jusqu’à nos jours mais son
meurtrier, Ahmad Touil, avait déjà assassiné auparavant plusieurs personnalités
politiques laissant donc penser que la raison du meurtre est politique. Touria
Chaoui aura milité à la fois pour l’amélioration de la situation des femmes que
pour l’autodétermination du Maroc.
Bouchra
Baibanou (1982-) :
Alpiniste
marocaine et la première femme marocaine à avoir escaladé l'Everest, le plus
haut sommet du monde. Elle a également gravi les sept sommets les plus élevés
de chaque continent, ce qui lui a valu de nombreux honneurs et distinctions.
Khadija Rouissi (1990-) :
Docteure en mathématiques, elle est la première Marocaine à
recevoir la prestigieuse médaille Fields en 2018, qui est considérée comme le
prix Nobel des mathématiques. Elle a été récompensée pour ses contributions majeures
dans le domaine de la géométrie asymptotique.
Toutes
ces femmes et d’autres à travers le monde ont su laisser une marque permanente
de fierté pour toutes les femmes, sur les pages de l’histoire.